Autrefois, dans 103 ans

2015
Impression numérique sur papier toilé. 350x210cm

Ce travail a été réalisé à partir du fonds iconographique de cartes postales du Musée de la Cour d’Or, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine en 2015 sous le thème « Le patrimoine du XXIe siècle : une histoire d’avenir ».

L’exposition que j’ai proposée fut intitulée Autrefois, dans 103 ans adaptée à l’esprit du lieu, in-situ. L’enjeu de cette approche était de recréer quatre cartes postales en opérant par stratifications. Certains éléments des cartes postales (lieux, personnes) ont été prélevés et assemblés afin de créer une nouvelle ville. Des lieux qui avaient été détruits sont réapparus tels des fantômes et réinvestis dans un assemblage d’images. La seconde opération visible est le découpage en lamelles de ces images : il ne s’agissait pas en effet de proposer une nouvelle version de la carte postale déjà existante (c’est une création contemporaine), mais de faire apparaître l’architecture de l’église à travers les lamelles de papier. Avec le vent qui s’engouffrait à l’intérieur de l’église, les lamelles s’entrechoquaient et les couleurs des images venaient se confondre avec les murs de l’enceinte. Une bande-son accompagnait les pans d’images et venait faire écho aux différents éléments (vent, eau, chevaux…). Ce dispositif polymorphe disposé à des endroits stratégiques de l’église était non perceptible à l’entrée de l’exposition à cause des bruits ambiants de la ville. Plus le spectateur entrait dans l’église, plus le son était audible, sensible, léger. Certains spectateurs y ont fait attention et ont fait un rapprochement avec les images et pour d’autres le dispositif sonore est passé inaperçu. Mon acte créatif consiste à me servir d’images préexistantes pour en exploiter les possibilités interprétatives. Elles sont décontextualisées et perdent leurs fonctions initiales, puisqu’elles ne sont plus un support pour la mémoire, témoin irréfutable. L’enjeu de ce processus était de créer une ambiguïté entre le fait de proposer au public des images présentant des risques d’invisibilité, des éléments manquants dans une image et en étudier sa réception. À travers ce projet, j’ai pu me demander comment les images manquantes, les fragments perdus vont parvenir à faire oeuvres alors que dans le champ des arts plastiques le contexte d’une image fait sens, l’entrave visuelle va-t-elle engendrer une non-réception des spectateurs ?